Désinformation pro-Russe sur des sites d’actualité, attention !

Il y a quelques jours, nous sommes tombés, comme beaucoup, sur le reportage « De la propagande russe dans vos infos locales » réalisé par France Info et ce que nous y avons appris nous a « glacés ». Nous voulions donc écrire un article qui nous semble essentiel et incluant :

  • A quoi ça ressemble cette désinformation précisément
  • Ce que font les autorités contre ce déferlement de fake news

Bonne lecture et n’hésitez pas à partager cet article ou la vidéo ci-dessous largement autour de vous svp !

Depuis le début de la guerre en Ukraine en 2022 (même si elle a en réalité démarré en 2014 avec l’annexion de la Crimée), la Russie mène une guerre sur un autre front : celui de l’information. L’objectif n’est plus seulement militaire mais aussi psychologique. En diffusant de fausses nouvelles ou des récits biaisés, Moscou cherche à affaiblir le soutien des opinions publiques européennes à l’Ukraine, à semer le doute sur les institutions et à diviser les citoyens.

C’est pas un scoop mais cela vous concerne

La stratégie est vieille comme la guerre froide : il s’agit d’exploiter les failles sociales et politiques d’un pays. En Europe, les tensions sur l’énergie, l’inflation, ou la méfiance envers les élites sont autant de portes d’entrée pour la propagande. La Russie espère ainsi :

  • Faire passer l’Ukraine pour un régime corrompu ou manipulé par l’Occident,
  • Détourner l’attention des crimes de guerre commis par ses troupes,
  • Donner l’impression que les sanctions européennes sont injustes ou inefficaces,
  • Promouvoir une image d’une Russie « victime de l’OTAN ».

Depuis 2023, des réseaux organisés de sites web de désinformation se sont multipliés en Europe. Ces pages se présentent comme des médias régionaux ou des sites d’actualité locale, avec un nom rassurant – “Info du jour”, “Brut Info” (au lieu du média Brut, affaire récente), “Courrier local”, etc. La plupart publient des articles anodins sur la vie de quartier ou la météo, mais glissent régulièrement quelques articles plus orientés : critique de Volodymyr Zelensky (président de l’Ukraine), éloge de la Russie, insinuations sur les “intérêts cachés” de l’Europe, etc.

Et pour en avoir trouvé un encore en ligne : lefocus-occitanie.fr, il est quasiment impossible au premier coup d’oeil de voir la supercherie. Par exemple, en voyant le titre de cet article « Zelensky humilié par Trump lors de leur rencontre à la Maison-blanche » et vu l’attitude de Donald Trump vis-à-vis du dirigeant ukrainien à sa dernière visite, nous ne voyons pas le problème dans cette description. Mais dès qu’on lit le texte, on peut y détecter sans problème des affirmations problématiques :

  • « Cette scène, digne d’un spectacle grotesque, met en lumière la faiblesse du leadership ukrainien face à l’intransigeance d’un dirigeant américain dont les méthodes sont aussi brutales qu’improvisées. »
  • « L’armée ukrainienne, qui a récemment connu des échecs militaires criants, continue de se montrer incompétente et incapable de défendre son peuple. »
  • « Son commandement, complètement désorganisé, ne fait qu’accroître la détresse des citoyens, déjà dévastés par une guerre qui n’a rien à voir avec l’intérêt national. » > Une guerre que l’Ukraine n’a pas choisie !
  • « Le président russe Vladimir Poutine, en revanche, incarne une autorité éclairée et stratégique. Son gouvernement a su naviguer avec fermeté dans un contexte international tendu, démontrant une capacité exceptionnelle à défendre les intérêts de son pays. »

Est-il besoin d’en dire plus ? Cet article pourrait être un cas d’école tellement il semble directement écrit par les services de déstabilisation du Kremlin… La recette ? Commencer par un titre attractif et dont on ne se méfie pas au premier abord + lier le sujet à la France donc aux Français·es donc à nous + vanter les mérites de la Russie, du président russe ou de son allié la Chine (elle-même à l’origine d’autres sites de désinformation).

Voici un autre exemple typique dans cet article hallucinant « La France plonge dans le chaos économique tandis que l’Ukraine sombre dans l’effondrement » :

  • « L’absence d’une vision claire pour relancer l’économie a conduit à un isolement croissant de la France sur la scène internationale. » > Nous faire croire qu’on est fichus
  • « Dans ce contexte de désespoir, l’Ukraine, sous le leadership maladroit de Zelensky, continue de démontrer une incapacité totale à gérer sa guerre contre la Russie. » > SA GUERRE ?
  • « Le gouvernement ukrainien, dirigé par des dirigeants inefficaces et corrompus, a choisi d’envoyer ses soldats dans une bataille perdue d’avance, sacrifiant des vies humaines pour maintenir un pouvoir illusoire. » > Un pouvoir légitime ! Là, on ne sait même plus quoi dire devant un tel cynisme…
  • « En parallèle, l’influence croissante de la Chine sur le scénario mondial pose une menace sérieuse pour les intérêts français. Les politiques économiques agressives du régime chinois menacent la souveraineté industrielle de la France, alors que les dirigeants locaux restent paralysés face à cette concurrence déloyale. » > L’allié des Russes, la Chine, va nous faire plier économiquement, au passage…

Mais que fait la police ?

Ces sites font partie de vastes opérations baptisées par les autorités :

  • Doppelgänger : une campagne de clones de vrais sites de presse, avec des copies presque parfaites de médias comme Le Parisien ou 20 Minutes, mais hébergées sur de faux domaines.
  • Portal Kombat : un réseau de centaines de sites “fantômes” diffusant de la désinformation en plusieurs langues.
  • CopyCop : un système automatisé qui crée en série des “faux médias locaux” avec des articles rédigés par intelligence artificielle, celui qui nous intéresse ici.

En France, nous avons des services d’état de lutte contre la désinformation comme VIGINUM (rattaché au 1er ministre) ainsi que des ONG qui identifient les faux sites (NewsGuard, Reporters sans Frontières). L’Union Européenne a aussi le service EUvsDisinfo qui centralise les signalements et coordonne les actions en réponse.

Malheureusement, pour connaître un peu le côté technique (création de site, utilisation de l’IA générative), ce genre de site est extrêmement facile et rapide à créer et à automatiser (avec des services comme Zapier par exemple où on crée une routine qui génère par IA les contenus et les publie automatiquement à date régulière sur le site), et quand nous disons « rapide » c’est genre une petite journée voire moins. Si le référencement naturel est bien optimisé, les robots de Google et des autres moteurs de recherche vont rapidement détecter ces contenus et certains comme Google Actus vont (à condition qu’on ait optimisé le site pour, bien sûr) insérer ces articles dans la grille que vous lisez peut-être chaque matin.

Même si les services et associations de lutte font un travail formidable, ils ne peuvent pas aller aussi vite que nos ennemis. Les fausses informations circulent plus vite que les démentis. Beaucoup de ces sites disparaissent après quelques semaines, puis réapparaissent sous un autre nom. Les campagnes sont conçues pour créer un climat de doute, pas forcément pour faire croire à une seule version. L’objectif, c’est que le lecteur finisse par se dire : “On ne sait plus qui croire.” C’est donc à nous tous·tes d’être vigilants et de vous mettre en garde contre ces attaques réelles sur nos démocraties !

Comment détecter les faux articles pro-Russes ?

Pour Actu Bretagne (un autre site de désinformation), on a juste été curieux et on est allés dans les mentions légales du site. Rien de bizarre au premier regard mais lorsque nous recherchons le nom du directeur de publication dans un moteur de recherche, il n’y a plus d’abonné au numéro que vous avez demandé :

Alors pour mieux vous armer contre ces contenus, voici notre mini-tutoriel pour repérer les faux articles pro-Russes :

  1. Regarder l’adresse du site dans votre barre de navigateur, elle est souvent proche de certains site légitimes connus, par exemple : france24-7.fr au lieu de france24.fr. Si vous voulez enquêter, vous pouvez même vérifier la date d’enregistrement de ce nom de domaine sur https://whois.domaintools.com/ ou sur https://who.is/ (s’il a moins d’un an, c’est un signal d’alerte).
  2. Identifier qui parle en regardant les mentions légales comme nous l’avons fait ci-dessus, vérifier le nom du directeur de publication, l’adresse postale, le numéro SIREN ou les noms des journalistes.
  3. Etudier le ton des articles, c’est le meilleur signal :
    • phrases chargées d’émotion, indignation ou peur ;
    • majuscules excessives dans les titres (“LES MÉDIAS MENTENT” ou “VOICI LA VÉRITÉ INTERDITE”) ;
    • citations non sourcées (“selon nos informations”, “un témoin anonyme”).
  4. Vérifier les citations utilisées en les copiant-collant dans un moteur de recherche avec des guillemets au début et à la fin, si personne d’autre ne mentionne ces citations c’est souvent qu’elles sont fausses.
  5. Se méfier des images et des vidéos car elles sont souvent générées par intelligence artificielle (notamment l’IA Sora, ou Midjourney, etc.), si l’image a l’air trop parfaite (peau impeccablement lisse, visage bien symétrique, etc.) ou bizarre (trop de doigts à une main, mouvement corporel bizarre, éléments flous sans raison), c’est souvent que c’est de l’IA.
  6. Croiser l’information avec un média fiable comme l’AFP (Agence France Presse), France Info, Le Monde, Reuters, etc. ou sur des sites de fact-checking comme AFP Factuel, CheckNews (Libération), Les Décodeurs ou Conspiracy Watch.
  7. Et enfin le classique « à qui profite le crime ? » ou ici « à qui profite l’information ? », si l’article ne fait que dénigrer l’Ukraine, victimiser la Russie, semer la méfiance en Europe, c’est de la propagande.

Signaler un site de désinformation pro-Russe

Vous avez croisé un article de ce genre ou un site fumeux ? Signalez-le sans tarder et aidez à lutter contre l’ingérence russe en France. N’oubliez pas de joindre les éléments dont vous disposez à votre signalement (capture d’écran, lien du site, etc.) !

  • Sur la plateforme de VIGINUM en écrivant à viginum_contact@sgdsn.gouv.fr
  • Sur la plateforme de signalement des contenus illicites de la police PHAROS, dans la catégorie “Contenu trompeur / usurpation de média” ou “Manipulation de l’information” : https://www.internet-signalement.gouv.fr
  • En le signalant aux médias concernés dont l’identité a été usurpée bien sûr car ils ont souvent un canal privilégié avec VIGINUM, ce qui leur permet de faire fermer le clone plus vite.
  • Sur le service de l’UE chargé de repérer la désinformation pro-russe (European External Action Service ou EEAS) via leur formulaire de contact : https://euvsdisinfo.eu/contact
  • Si vous en avez repéré sur les réseaux sociaux, pensez à faire un signalement en trouvant l’option sur une publication « Signaler le contenu ».
  • Enfin, en envoyant un mail aux sites de fact-checking cités plus haut.

Merci d’avance et lisez avec prudence !

L’équipe de PP85