Comment réagir, en tant que citoyen·ne européen·ne, aux nouveaux impérialismes territoriaux ?

écrit par Mireille Caulier, référente PP85

Comme vous tous, j’ai été interloquée en ce début d’année par le coup de force de D. Trump au Venezuela bientôt suivi de la réitération de ses propos sur l’annexion du Groënland.

Et je me suis légitimement demandé quelle action était à notre portée, nous, simples citoyens européens, pour s’opposer à ce nouvel ordre mondial qui veut ignorer les peuples et le droit international.

Venezuela, rappelons les faits :

Le samedi 3 janvier 2026, les États-Unis ont bombardé Caracas, la capitale du Venezuela, et capturé son président, Nicolàs Maduro. Cette attaque est survenue après plusieurs mois de pression constante de la part des États-Unis.

Ne nous y trompons pas : la légitimité de Nicolas Maduro est largement contestée et son régime dictatorial a plongé le peuple vénézuélien dans la misère. Mais ce coup de force ne permettra pas au peuple vénézuélien de pouvoir décider légitimement de son avenir puisque les États-Unis envisagent de diriger le Venezuela dans l’attente d’une transition conforme à leurs intérêts, en y installant au passage leurs compagnies pétrolières.

Exit la souveraineté des peuples !

Il s’agit là d’une première mise en pratique de la Nouvelle stratégie américaine de sécurité nationale qui confirme le souhait des États-Unis de s’ancrer durablement dans une logique de prédation à l’égard des autres États de sa zone d’influence, au détriment du multilatéralisme et du droit international. La situation est donc celle d’un état, membre du Conseil de l’ONU, qui ne respecte pas le droit international sur lequel repose cette même organisation.

Or un système d’affrontement des empires poussé par des autocrates (américain, chinois ou russe) ne peut conduire qu’à la destruction mutuelle et à l’asservissement. Comme à chaque fois, ce sont les peuples qui paieront par leur liberté et leur vie le prix de la volonté de puissance de quelques-uns.

Exit le droit international !

Quid du Groënland ?

Au vu de ces événements au Venezuela, quel sera alors le sort réservé par l’administration Trump au Groënland qui se trouve au cœur des ambitions de la Chine, de la Russie et des États-Unis en raison de sa position stratégique et de ses ressources minières ?

Or Donald Trump a relancé ces derniers jours une petite musique, dans la foulée de son coup de force militaire au Venezuela. Sa porte-parole a ainsi déclaré le 6 janvier que « Le président a clairement indiqué que l’acquisition [du Groënland] était une priorité pour la sécurité nationale des Etats-Unis. M. Trump et son équipe discutent actuellement d’une série d’options pour atteindre cet objectif important en matière de politique étrangère, et bien sûr, le recours à l’armée américaine est toujours une option. »

D. Trump a par ailleurs republié sur X une carte du Groenland, repeint aux couleurs de la bannière étoilée.

Ces déclarations ont ébranlé les pays européens. En réponse, nous avons tous constaté un soutien global au Danemark des dirigeants européens face aux appétits américains même s’ils peinent à trouver une réponse coordonnée.

Les opinions publiques européennes sont attachées au droit international, à la liberté des peuples et à leur souveraineté. Elles trouvent donc bien timorées ces réactions se limitant à de simples déclarations de soutien ou un rappel de la doctrine.

Certains eurodéputés dont Raphaël Glucksmann prônent plus de fermeté dans la réponse européenne en proposant d’installer durablement une base militaire européenne au Groenland. Mais cet envoi de troupes européennes au Groenland est vu par le gouvernement danois comme une escalade militaire dont il ne veut pas pour l’instant.

La publication sur X repartagée par D. Trump

Et l’Ukraine dans tout ça?

Enfin, comment concilier la défense de l’Ukraine qui nécessite un soutien absolu des Etats-Unis et celle du Groënland, dépendance arctique d’un pays européen. Il faut tout à la fois garder les Etats-Unis du côté de l’Ukraine et les dissuader de passer à l’acte au Groenland. Or, un éventuel cessez-le-feu en Ukraine a besoin des garanties de sécurité apportées par les Etats-Unis pour s’assurer que la Russie ne reprendra pas les combats quand elle le voudra.

La diplomatie européenne est donc limitée dans ses réactions par les nettes avancées obtenues des Etats-Unis désormais impliqués dans le plan de la coalition. Si les décisions politiques européennes sont légitimement contraintes par la diplomatie de soutien à l’Ukraine, les peuples eux-mêmes ne peuvent-ils pas faire entendre leurs voix ?

Les européens sont attachés au respect du droit international et aux valeurs qui le sous-tendent. Si leurs dirigeants sont légitimement contraints dans leurs réactions par les nécessités diplomatiques, les peuples, eux, disposent de plusieurs moyens d’afficher leur refus face aux impérialismes et leur volonté de maintenir un espace démocratique européen.

Alors comment exprimer notre engagement citoyen ?

En premier lieu, une expression de solidarité vis-à-vis des Groenlandais et des Danois peut être déployée/relayée via les réseaux sociaux (#solidaritégroenland). Comme pour l’Ukraine, chacun de nous se sent concerné par ce qui se profile sur ces terres lointaines car remettant en question notre propre souveraineté.

En deuxième intention, faisant suite à l’élan de solidarité, ne devons-nous pas lancer un appel à un soulèvement des citoyens européens, par des actions symboliques et pacifiques mais communes à tous les pays ? L’objectif serait de montrer aux yeux du monde que le peuple européen existe et qu’il n’accepte pas les nouveaux paradigmes politiques, sociaux et sociétaux que veulent imposer les « grandes puissances ». Ce serait aussi une façon de solliciter nos élus pour qu’ils envisagent les moyens politiques de l’indépendance de l’UE.

En dernier point, ne devons-nous pas interpeller nos élus nationaux et européens pour connaître ce qu’ils envisagent pour assurer notre protection collective. Le danger, pour l’Europe, est double : d’un côté, elle a besoin du droit international (par culture politique et parce que c’est son multiplicateur de puissance) ; de l’autre, elle découvre que le droit, sans capacité autonome de coercition, devient une langue que les autres peuvent ignorer. Face aux impérialismes, l’UE doit mettre urgemment un terme à ses dépendances stratégiques et déclarer son indépendance. La question de l’Europe fédérale se pose donc plus que jamais.

Message de l’équipe PP85 : Nous avons longuement échangé sur les événements internationaux, Mireille a pris la plume mais c’est loin d’être fini car nous voulons aller plus loin que cette conclusion sous forme de questions. Nous nous revoyons la semaine prochaine pour trouver des propositions d’actions très concrètes et de grande envergure à proposer. Restez connecté·es, nous vous en reparlons mercredi 21 janvier sur ce blog.