PP85 contre le projet de Surf Park à Talmont Saint-Hilaire

Grâce à l’Assemblée des luttes 85, à laquelle Place Publique Vendée participe, nous avons appris l’existence du projet de création d’un Surf Park à Talmont Saint-Hilaire en Vendée, c’est-à-dire un parc d’attraction avec des vagues artificielles et ce à 250m de l’océan…

Si vous ne deviez retenir qu’une seule info de ce billet : une soirée de soutien et d’information est organisée par le collectif « AC de vagues » le vendredi 19 septembre à 19H à la salle Louis Chaigne de Talmont Saint-Hilaire. Nous vous invitons à vous y rendre nombreux·ses pour soutenir l’action de celles et ceux qui se battent contre ce projet insensé alors que les engins de travaux s’apprêtent à déferler sur ce site situé à quelques mètres d’une zone naturelle protégée !

Suivez le collectif AC de Vagues sur Facebook : https://www.facebook.com/p/AC-de-Vagues-61576945048289/

Vous pouvez aussi signer la pétition en ligne de GreenVoice (déjà 20 000 signatures) : https://agir.greenvoice.fr/petitions/non-au-surf-park-a-talmont-saint-hilaire

Pourquoi le Surf Park de Talmont est un projet écocidaire ?

Nous avons utilisé Open Street Map (à gauche), l’outil de mesure de Google Maps (centre) et la carte officielle des Zones Natura 2000 (à droite)

Les faits avant tout et rien que les faits :

  • Proximité immédiate de la zone classée Natura 2000 des marais du Payré (et si vous vous demandez ce qui y est protégé, jetez un coup d’oeil au dépliant touristique de Vendée Grand Littoral ci-dessous, vous noterez que les gestes simples à la fin n’incluent pas de construire une monstruosité de béton à 10 mètres d’elle)
  • Ce sont encore 7380m² de terrain naturel qui vont être artificialisés alors que la cote vendéenne est déjà la proie de tous les promoteurs.
  • La plage à 272m offre des vagues gratuites (contre minimum 50€/h pour surfer dans ce genre de parc) et sans dépense de ressources, d’électricité et d’eau.
  • 2 grands bassins triangulaires remplis par pompage et désalinisation de minimum 13 500 mètres cubes d’eau de mer (avec jusqu’à 2 vidanges par an), aucune information n’est donnée sur le traitement de cette eau souillée et de la saumure générée par la désalinisation, sans compter les risques de fuites.
  • Pour générer jusqu’à 500 vagues par heure, il faudra compter environ 50 moteurs qui vont entraîner une pollution sonore et vibratoire énorme ainsi qu’une dépense d’énergie électrique faramineuse (les panneaux solaires promis sur le parking ne couvriront même pas un quart de cette dépense).

Un projet 100% opaque né de petits arrangements

Comme nous, vous devez vous dire « mais enfin, il n’y a pas des études d’impact qui sont faites normalement pour ce genre de projet ? ». Si, si, en effet, le projet de Surf Park de Talmont Saint-Hilaire aurait dû faire l’objet d’une étude d’impact environnemental mais il en a été exceptionnellement dispensé par la DREAL (Direction Régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement) des Pays de la Loire.

Pourquoi ? Dans son arrêté du 27 août 2024, la DREAL explique que seuls les projets dépassant une certaine surface (souvent dans les 10 ha) sont soumis d’office à cette étude d’impact et qu’en-dessous (ici 4,26 ha) ils examinent les projets au cas par cas pour accorder ou non la dispense. De plus, la DREAL a considéré que le projet s’implantait sur un terrain déjà en partie artificialisé (l’aquarium et son parking, qui appartiennent à la même famille que celle qui promeut le surf park, ça a son importance pour la suite vous verrez). Enfin, comme le terrain n’est pas à proprement parler dans la zone Natura 2000 (même si elle est à 10m), la DREAL considère que les nuisances sonores et vibratoires s’arrêtent pile à la limite et que le devenir des eaux saumâtres du surf park ne mérite pas une étude plus poussée.

Quand on sait que de hauts fonctionnaires de la DREAL Pays de la Loire (Anne Beauval, Estelle Sandré-Chardonnal, etc.) donnent des conférences sur « La DREAL, acteur public régional face à l’adaptation au changement climatique » ou rencontrent les associations environnementales pour échanger sur la planification écologique, il y a de quoi se mettre en colère… Toujours est-il que le Surf Park est dispensé d’étude d’impact.

Reste le permis de construire qui n’a pas non plus été difficile à obtenir de la part du maire Maxence de Rugy du parti de droite LR (Les Républicains) et proche de Bruno Retailleau, surtout que le conseil municipal avait préalablement vendu un bout de voirie de 4 226 m² sur le site à la société SC Les Frangines qui porte le projet du Surf Park (PV du 23 septembre 2024). Mieux encore, alors que la presse et les opposants ne parviennent pas à obtenir des explications des porteurs du projet, c’est souvent le maire qui se fait l’avocat du projet dans les médias…

Pourquoi il faut absolument stopper ce projet de Surf Park à Talmont ?

Si toutes les raisons avancées ci-dessus ne suffisaient pas, il y a une autre raison majeure à notre opposition au projet. De nombreux projets de surf parks ont essayé de s’installer en France depuis quelques années, sans succès pour l’instant grâce à l’opposition des protecteur·ices de l’environnement. Quelques exemples :

  • Saint-Père-en-Retz (Loire-Atlantique) : Prévu à une dizaine de kilomètres de l’océan, ce projet a été officiellement abandonné en juin 2021 après plusieurs années de lutte intense menée par des militants locaux, qui ont notamment créé une ZAD (Zone à Défendre) sur le site.
  • Sevran (Seine-Saint-Denis) : Le projet de vague artificielle, qui devait voir le jour sur le site de la friche industrielle Westinghouse, a été abandonné par la municipalité en 2021 en raison d’une « empreinte écologique désastreuse ».
  • Saint-Jean-de-Luz (Pyrénées-Atlantiques) : Un projet de grande envergure, porté notamment par Boardriders (Quiksilver), a été abandonné suite à une forte mobilisation locale. Le projet, qualifié d' »aberration écologique » par les opposants, prévoyait un bassin de 150 mètres de long à seulement 1 km de l’océan, sur un site naturel boisé. La pression citoyenne et celle des surfeurs a eu raison de ce projet qui menaçait d’artificialiser une zone naturelle.
  • Castets (Landes) : Ce projet, baptisé « Wavelandes », a suscité une très forte opposition locale, recueillant plus de 20 000 signatures sur une pétition. Il a également fait face à l’avis défavorable de la Fédération Française de Surf et de la Région Nouvelle-Aquitaine pour des raisons environnementales, menant à son abandon.
  • Lacanau (Gironde) : La municipalité a finalement renoncé à son projet de « Surf Garden Atlantique ». Alors que la ville était candidate pour accueillir les épreuves de surf des JO 2024, les élus ont reconnu ce qui a été qualifié d' »hérésie écologique et économique ». L’idée de décaisser et bétonner plusieurs hectares pour créer des vagues artificielles à quelques pas des célèbres spots de l’Atlantique a été jugée comme un « non-sens environnemental ».
  • Bruges (Gironde) : Tout comme à Lacanau, la commune de Bruges, près de Bordeaux, a également enterré son projet de piscine à vagues en 2019, pour les mêmes motifs écologiques et économiques.
  • Canéjan (Gironde) : Le projet de surf park près de Bordeaux est au coeur d’une bataille juridique actuelle avec des associations environnementales comme la Sepanso et Surfrider Foundation qui dénoncent notamment une communication trompeuse sur l’autonomie en eau et en énergie du projet !

Encore plus inquiétant, les projets qui ont réussi à s’installer dans d’autres pays d’Europe ont connu des déboires importants qui illustrent la fragilité économique et technique des surf parks :

  • The Wave à Bristol (Royaume-Uni) – La faillite financière : Considéré comme une référence à son ouverture, le parc « The Wave » a dû fermer ses portes brutalement en juin 2025. Selon la presse locale (Bristol Live, SoGlos), la société exploitante a été placée en redressement judiciaire en raison de dettes et d’un différend financier entre ses actionnaires. Cette fermeture soudaine a laissé les employés et les clients dans l’incertitude et a mis en lumière la difficulté à rentabiliser ces infrastructures très coûteuses en énergie et en maintenance.
  • Alaïa Bay à Sion (Suisse) – Les déboires techniques et légaux : Présenté comme un succès à son ouverture en 2021, le surf park alpin a connu une série de revers importants : problèmes techniques récurrents (revêtement du bassin qui s’est décollé 4 fois en 2 ans), permis de construire illégal, crise de gestion interne avec des démissions et des licenciements qui ont fini de ternir l’image du parc.

Nous ne pouvons pas « laisser faire » plus longtemps

La famille qui pilote le projet de surf park et qui est déjà propriétaire de l’Aquarium de Vendée est une famille d’entrepreneurs vendéens bien connue : la famille Laurent. Le projet est porté par la SC Les Frangines, dont les gérantes sont les deux sœurs Cécilia Segarra et Mary-Lou Laurent.

Elles sont les filles de Jean-Jacques Laurent, une figure emblématique du monde économique en Vendée. Il a été le dirigeant de l’entreprise PRB (Produits de Revêtement du Bâtiment), l’un des leaders français des enduits de façade, dont le siège est à La Mothe-Achard et qui a été revendu en janvier 2022 au géant suisse du béton Holcim pour 435 millions d’euros, de quoi monter quelques surf parks en effet… mais si encore c’était un cas isolé !

La famille de Villiers est régulièrement au centre de controverses environnementales lors des projets d’agrandissement du célèbre Puy du Fou (récemment, voir le nouvel hôtel centre des congrès « Le Royal Weston » prévu pour 2026 et contre lequel se bat France Nature environnement). La famille Dubreuil continue d’alimenter le trafic aérien des jets privés sur l’aérodrome des Ajoncs avec ses compagnies aériennes, tandis que la famille Lambert (pourtant basée en Sarthe) multiplie les méga-poulaillers (Maitre Coq) dans lesquels l’association L214 a tourné des images abjectes de la souffrance des poulets et dont les tonnes de fumier annuelles chargées d’antibiotiques contaminent nos sols et nappes phréatiques… Dans le cas du mégapoulailler de La Catusière près de Challans, ils ont encore su contourner la législation en proposant 40 000 places de poulets et dindes alors que le seuil déclenchant une enquête publique était de 40 001 places.

Si vous ne deviez retenir qu’une seule info de ce billet : une soirée de soutien et d’information est organisée par le collectif « AC de vagues » le vendredi 19 septembre à 19H à la salle Louis Chaigne de Talmont Saint-Hilaire. Nous vous invitons à vous y rendre nombreux·ses pour soutenir l’action de celles et ceux qui se battent contre ce projet insensé alors que les engins de travaux s’apprêtent à déferler sur ce site situé à quelques mètres d’une zone naturelle protégée !

Pour aller plus loin, quelques articles sur le projet de Surf Park de Talmont Saint-Hilaire :